À Siguirini, sous-préfecture située à environ 150 kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Siguiri, la cohabitation entre les populations locales et la Société Minière de Dinguiraye (SMD) devient de plus en plus tendue. Entre pollution par la poussière et frustrations liées au recrutement, les autorités locales dénoncent une situation qu’elles jugent préoccupante.

Dans un entretien accordé à notre rédaction, Djibril Camara, président du district central de Siguirini, a exprimé le ras-le-bol des habitants face aux difficultés qu’ils disent subir depuis plusieurs années malgré la présence de la société minière dans la localité.
<< Depuis notre installation, nous nous sommes battus pour que la paix règne au sein de notre communauté. Mais aujourd’hui, nous avons énormément de problèmes. Une chose peut sembler bonne de loin, mais elle peut aussi apporter beaucoup de difficultés », a-t-il déclaré.
Le responsable communautaire reconnaît toutefois que la SMD réalise certaines actions en faveur des populations, tout en estimant que plusieurs préoccupations majeures restent sans réponse.
« Toute la population est malade à cause de la poussière »
Parmi les griefs évoqués, la question de la poussière occupe une place centrale. Selon Djibril Camara, les habitants de Siguirini vivent quotidiennement dans un environnement fortement dégradé par les activités minières.
« Aujourd’hui, la population de Siguirini est malade. La poussière a envahi nos maisons. Nous surveillons les installations de la société parce que c’est une obligation pour nous et une demande de l’État, mais nous souffrons énormément », affirme-t-il.
Le président du district déplore surtout ce qu’il considère comme un traitement inégal entre certaines localités et le centre de Siguirini. Il explique que plusieurs districts bénéficient régulièrement d’arrosages pour réduire la poussière, contrairement au centre urbain de la sous-préfecture.
« La société arrose Diguililig, Tombani, Tomba Kansan, Léro 1 et 2, Carrefour et Solabé. Mais elle refuse d’arroser le centre-ville de Siguirini alors que c’est ici même la sous-préfecture. Quand vous portez un habit blanc, quelques minutes après vous devenez méconnaissable », dénonce-t-il.
Selon lui, malgré plusieurs démarches engagées auprès de la société minière, aucune solution concrète n’a encore été apportée à cette préoccupation sanitaire et environnementale.
Autre sujet de mécontentement : les conditions de recrutement au sein de la société minière. Djibril Camara accuse la SMD de ne pas respecter l’esprit du code minier guinéen et de la convention collective des mines et carrières, qui prévoient une priorité à l’emploi local lorsque des sociétés minières s’installent dans une communauté.
« Les recrutements ne se font pas correctement. Les cadres privilégient leurs proches. Sans les efforts du DSPJ, la SMD serait remplie d’étrangers », soutient-il.
Le président du district affirme également que les jeunes de Siguirini sont souvent employés de manière précaire à travers la sous-traitance, pour de courtes périodes avant d’être renvoyés.
« Nos enfants sont recrutés parfois pour une ou deux semaines seulement avant d’être libérés. Nous ne voulons plus cela. Cette situation nous fatigue vraiment », regrette-t-il.
Dans le souci d’équilibrer l’information, notre rédaction a contacté Nfaly Kourouma, chargé de communication de la SMD. Joint par téléphone, ce dernier, visiblement pressé, n’a pas souhaité se prononcer sur les accusations portées contre l’entreprise.
« Cela ne relève pas de moi », a-t-il simplement répondu avant de mettre fin à l’appel.
Pendant ce temps, à Siguirini, les habitants espèrent que leurs préoccupations seront enfin entendues, alors que la poussière continue de recouvrir les maisons et que le débat sur les retombées réelles de l’exploitation minière reste plus que jamais ouvert.

De retour de Siguirini, Alseny Philip Denkè Condé pour le www.Gbaikandjamana.org
+224/623-18-39-60



